Vous êtes au sommet, en plein été, il est midi. La vue est magnifique. Votre gourde, beaucoup moins : elle est vide. Autour de vous, des cailloux, du ciel, et pas un ruisseau. (Le genre de moment où l'on comprend enfin le mot « altitude ».)
Où est la prochaine eau ? Et surtout : est‑ce qu'on peut la boire ?
Bonne nouvelle : ça se prépare avant de partir, et ça se vérifie en chemin. Dans l'ordre : où la repérer sur votre parcours, quoi faire si la source est à sec, combien en emporter, comment savoir si elle est potable. Puis comment la rendre sûre, avec un comparatif des gourdes filtrantes.
1Où trouver de l'eau sur votre parcours ?

Avant de partir, repérez‑la sur la carte. Chaque point d'eau noté, avec son kilomètre, vous évite une mauvaise surprise au milieu de la montée.
Où regarder :
- L'application Skiiv.app, avec géolocalisation des sources et fontaines.
- La carte IGN, où figurent les sources, les rivières et les fontaines.
- Les cartes et applications de points d'eau, comme Free Taps, Watermap ou Thirsty. Elles sont participatives : ce sont des randonneurs qui les alimentent.
- OpenStreetMap, qui note les fontaines, les sources, les robinets et les pompes.
- Refuges.info, qui recense des points d'eau le long des itinéraires.
- Le topo de la rando, et le gardien du refuge, qui savent où l'eau coule vraiment.
Aucune de ces cartes n'est exhaustive, ni toujours à jour : une source peut avoir disparu depuis. Gardez‑les comme des indices, pas comme des promesses.
Une fois sur place, cherchez l'eau là où elle s'écoule : les lignes bleues de la carte, les fonds de vallon, les ravins. Les crêtes et les versants secs n'en offrent presque jamais. (L'eau descend. Pas vous, tant que vous ne l'avez pas trouvée.)
Par ordre de fiabilité :
- Le robinet ou l'eau en bouteille, avant de partir. C'est la seule eau dont vous êtes sûr.
- Les refuges. Les secours conseillent de s'y approvisionner. Demandez au gardien quelle eau est potable.
- Les fontaines de village, quand elles sont marquées « eau potable ».
- Les sources captées et les résurgences, la meilleure option parmi les eaux naturelles. Mais à traiter si rien n'indique qu'elles sont potables.
- Les torrents et les ruisseaux, en dernier recours, et toujours traités.
Notez le kilomètre de chaque point d'eau. Et surtout le plus long passage sans eau : c'est lui qui décide combien vous portez.
2Et si la source est à sec ?
En plein été, et en fin de saison surtout, une source peut avoir tari. Une canalisation peut aussi être bouchée. Le risque existe à chaque point d'eau, même noté sur la carte.
Ce n'est pas une raison de s'affoler. C'est une raison de prévoir :
- partez avec de quoi tenir jusqu'au point d'eau suivant, et un demi‑litre de réserve en plus ;
- demandez au gardien du refuge ce qui coule vraiment cette semaine ;
- repérez un deuxième point d'eau, plus loin, au cas où ;
- si rien ne coule, on raccourcit ou on rentre. (Faire demi‑tour n'est pas un échec.)
Ne comptez jamais seulement sur les sources que vous croiserez.
3Combien d'eau emporter ?
Le repère tient en une phrase : 1/2 litre d'eau par heure de marche. (Il vient des secours en montagne, relayé par la FFRandonnée en juillet 2026.)
C'est un minimum. S'il fait très chaud, ou si ça monte beaucoup, prévoyez plus. Pour calculer le vôtre, selon la durée, la chaleur et le nombre de personnes : le calculateur est tout en bas de la page.
Un litre d'eau pèse un kilo. (La physique ne fait pas de remise.)
Partez avec les gourdes pleines, remplies à un point d'eau sûr : robinet, fontaine du village, refuge. Buvez régulièrement, par petites gorgées, sans attendre d'avoir soif. Et faites vos pauses à l'ombre.
4Comment savoir si une eau est potable ?

Une eau claire n'est pas une eau potable. (Le ruisseau le plus transparent peut cacher une vache en amont.)
Ce qui vous renseigne vraiment :
- un panneau « eau potable » sur la fontaine (ou « eau non potable », à respecter à la lettre) ;
- la réponse du gardien du refuge ;
- une eau du réseau : robinet, fontaine du village.
Tout le reste est « à traiter » : source, ruisseau, torrent, lac.
La FFRandonnée et les secours le rappellent : l'eau des torrents et des ruisseaux n'est pas sûre. Elle peut contenir des bactéries, des virus et des parasites. Ils viennent des animaux, des habitants ou des cultures en amont.
Là où il vaut mieux ne pas puiser :
- les eaux stagnantes : mares, flaques, petits étangs ;
- un cours d'eau juste en aval d'un alpage ou d'un pâturage ;
- les abords des refuges, des campings et des zones agricoles ;
- une eau très chargée, après de fortes pluies.
Si vous devez puiser, un torrent à fort débit, en amont des zones fréquentées, vaut mieux qu'un filet d'eau tranquille. (Source : l'office de tourisme de Haute‑Savoie.)
5Comment rendre l'eau sûre ?

Trois façons de traiter une eau, qui ne couvrent pas les mêmes risques.
- Faire bouillir. Selon l'Institut Pasteur, une minute à gros bouillons suffit. Trois minutes au‑dessus de 2 000 m, cinq minutes si l'on veut aussi inactiver le virus de l'hépatite A. (Elle ne coûte que du gaz. Pensez à en prévoir.)
- Les pastilles, de type Micropur. Elles désinfectent, et neutralisent certains virus selon les modèles. Elles ne retirent pas les particules : partez d'une eau claire. Respectez le temps d'action, de 30 minutes à 2 heures, et vérifiez la date de péremption.
- Le filtre ou le purificateur, dont on parle juste après.
Aucune de ces méthodes ne remplace une eau sûre au départ. (Et aucune ne vous fera aimer le goût de l'étable.)
6Gourde filtrante : ce qu'elle retient vraiment, et le comparatif

Une gourde filtrante force l'eau à travers une membrane aux pores minuscules, de 0,1 à 0,2 micron selon les modèles.
Ce qu'elle retient :
- les bactéries ;
- les protozoaires et les parasites (Giardia, Cryptosporidium) ;
- les sédiments, et, selon les modèles, les microplastiques.
Ce qu'elle laisse passer :
- les virus, trop petits pour la membrane ;
- les pesticides, les métaux lourds, les pollutions chimiques et les hydrocarbures.
La FFRandonnée le rappelle : ces gourdes ne permettent pas de purifier une eau prélevée dans le milieu naturel. À utiliser en dernier recours.
Un purificateur va plus loin, il retient aussi les virus. C'est le cas du Grayl, dans le comparatif qui suit.
Traduction : un bon filet de sécurité, pas un permis de boire partout. (Si l'eau sent l'étable, la gourde ne fera pas de miracle.)
Le comparatif
Les chiffres sont ceux des fabricants, relevés chez des revendeurs. Vérifiez la fiche du modèle que vous achetez : nous n'en avons testé aucune.
| Modèle | Ce qu'il retient | Virus | Durée de vie annoncée | Poids | À savoir |
|---|---|---|---|---|---|
| Katadyn BeFree 1 L flasque souple | bactéries, protozoaires, sédiments (pores de 0,1 micron) | non | jusqu'à 1 000 L | 63 à 73 g selon les fiches | La plus légère, elle se plie. Débit annoncé jusqu'à 2 L/min. La version AC ajoute du charbon actif pour le goût. |
| LifeStraw Go gourde rigide, 650 mL ou 1 L | bactéries, protozoaires, microplastiques (pores de 0,2 micron) | non | membrane jusqu'à 4 000 L (selon les versions), charbon 100 L | 222 g en 650 mL, avec filtre | On boit comme à la paille. Une gourde de tous les jours aussi. |
| Grayl GeoPress purificateur à presser, 710 mL | bactéries, protozoaires et virus (99,99 % annoncé), charbon actif | oui | cartouche d'environ 350 cycles (250 L) | 450 g | Le seul des trois qui couvre les virus. 710 mL en environ 8 secondes. Plus lourd, plus cher. |
Comment choisir :
- Pour la légèreté, la BeFree : moins de 80 g, elle disparaît dans une poche.
- Pour une gourde rigide qui sert aussi en ville, la LifeStraw Go.
- Pour couvrir aussi les virus, le GeoPress, au prix de 450 g.
Si votre rando passe par des robinets, des fontaines et un refuge, le filtre reste votre plan B. S'il est votre plan A, prenez le purificateur, ou faites bouillir.
Pour qu'elle dure :
- rincez le filtre après chaque sortie ;
- ne le laissez pas humide pendant des semaines ;
- protégez‑le du gel, qui peut créer des microfissures invisibles ;
- ne forcez pas le passage de l'eau sous forte pression ;
- remplacez la cartouche en fin de vie, ou si le débit baisse nettement.
7Dans un groupe : qui porte quoi ?

Entre amis, un filtre commun, porté par une personne, suffit au groupe. C'est du matériel commun, comme le réchaud.
Mettez un prénom dessus. « On a un filtre » ne veut pas dire que quelqu'un l'a pris.
À décider avant de partir :
- qui porte le filtre, et les pastilles en secours ;
- combien de litres chacun a au départ ;
- quels points d'eau sont prévus, à quel kilomètre ;
- que faire si la source est à sec (voir plus haut).
Et pour le passage le plus long sans eau, tout le monde part avec de quoi tenir.
Le reste de la préparation (date, horaire, rendez‑vous) est dans notre guide pour organiser une randonnée entre amis.
Questions fréquentes
Comment savoir s'il y a de l'eau sur ma rando ?
Repérez‑la avant de partir : carte IGN, OpenStreetMap, applications de points d'eau, topo et gardien de refuge. Sur place, cherchez dans les fonds de vallon. En été, une source peut être à sec : prévoyez une réserve.
Combien d'eau emporter pour une randonnée ?
Au minimum 1/2 litre par heure de marche, et davantage s'il fait chaud ou si ça monte beaucoup. Pour une rando de 4 heures, cela fait 2 litres par personne.
Peut‑on boire l'eau d'un ruisseau en montagne ?
Non, pas sans la traiter. Elle peut contenir des bactéries, des virus et des parasites venus des animaux, des habitants ou des cultures en amont.
Une gourde filtrante rend‑elle l'eau potable ?
Elle retient les bactéries et les parasites, mais pas les virus ni les pollutions chimiques. À utiliser en dernier recours : un purificateur, lui, retient aussi les virus.
Combien de temps faut‑il faire bouillir l'eau en randonnée ?
Une minute à gros bouillons, trois minutes au‑dessus de 2 000 m, cinq minutes pour inactiver aussi le virus de l'hépatite A. C'est la recommandation de l'Institut Pasteur.
Le calculateur d'eau de votre rando
Voici de quoi calculer l'eau à emporter, selon la durée, la chaleur et le nombre de personnes. Le résultat dit aussi combien porter au départ si vous croisez des points d'eau sûrs.
La base, 1/2 L par heure, vient des secours en montagne. La chaleur et l'effort ajoutent un quart ou une moitié : ce sont des repères indicatifs, pas un avis médical. Un point d'eau sûr, c'est un robinet, une fontaine marquée potable ou un refuge, pas un ruisseau.

Et si votre téléphone repérait les points d'eau pour vous ?
C'est exactement ce que fait Skiiv.
Skiiv géolocalise les points d'eau : fontaines, sources, robinets et pompes autour de vous, classés par distance. Chacun est noté « potable » ou « à traiter », avec un bouton pour y aller. (Votre position n'est pas conservée.)
Sur votre trace, il donne le kilomètre de chaque point et vous prévient quand un passage dépasse 8 km sans eau.
Votre compte est gratuit.